Travail numérique - Vu par un architecte

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Travail numérique - Vu par un architecte



Quels sont les besoins et les réponses qu’attend un architecte. Ceci est une tentative pour les identifier.

Pour ma part, je travaille au sein d’un petit réseau d’acteurs professionnels dans lequel les outils informatiques ont une pénétration très inégale. Certains en ont une grande maîtrise par nécesité ou par formation. D’autres en sont aux balbutiements. Ceci met en évidence un besoin de formation. Il ne suffit pas d’en parler. On voit que les organisations professionnelles font la promotion de ces formations avec un angle de vue limitée aux professions qu’elles visent. Il n’y a pas de vision transversale. Et surtout, elle s’oriente vers une consommation limitée, nullement vers un outil de créativité ou d’échange.

Il y a pourtant une nécessité car cette formation faciliterait grandement les échanges entre acteurs très divers. Comment faire parvenir un Compte rendu de Chantier à un maçon, certes intelligent et habile, mais de culture Tunisienne, ne maitrisant pas internet ? Pourtant, il est exclu aujourd’hui que j’envoie CR et photos par la poste alors que d’un clic, je le fais parvenir à tous les artisans présents à la réunion. On en est encore là. Créer un document et l’envoyer en pièce jointe est encore un saut technologique à faire pour beaucoup. J’ai pourtant intérêt à trouver une bonne réception afin de pouvoir utiliser au mieux les outils dont je dispose.

Concernant le télétravail, même si ça ne me concerne pas directement, c’est en effet un aspect important. Aujourd’hui l’architecte n’a pas le temps d’entretenir une dextérité suffisante pour maîtriser correctement les logiciels de CAO. De plus en plus de dessinateurs se sont spécialisés et maîtrisent prafaitement l’ensemble des raccourcis. Le concepteur devient donc dépendant de la bonne exécution. Nécessité de comprendre ses intentions, les délais, la présentation désirée etc. Cela conduit à une relation étroite qui ne peut se contenter d’une distance virtuelle. Mais en même temps, la délocalisation de l’exécutant, parfaitement possible permet d’évidentes économies de locaux.

Autre aspect : nécessité de recevoir les clients dans des lieux valorisants, adaptés et pas trop coûteux. Pour ma part, n’en possédant pas, je m’invite chez le client. Ou je le reçois dans des bars. Si l’économie est réelle cela a de gros inconvénients. Notamment la maîtrise du temps. Si vous acceptez d’attendre chez votre dentiste ou avocat (qui peuvent remplir leur salle d’attente), en vous rendant chez le client c’est vous qui donnez de votre temps en devenant dépendant de son bon vouloir. Si les échanges sur internet ont beaucoup gagné, ils ne peuvent suffire. Cette difficulté conduit à une dévalorisation de l’activité et entraine un décalage entre le montant de la note d’honoraires et la considération que se fait le client du travail équivalent. L’heure facturée par l’avocat (300 à 500 €) tombe alors à 10 ou 30 €. Parfois moins.

Autre difficulté : l’appel d’offre. Pour satisfaire la demande du client, il convient d’obtenir un minimum de trois offres. Cela concerne au minimum six corps de métiers. Soit un une vingtaine d’entreprises à consulter et relancer. Ceci entraine une énorme perte de temps dans la mesure où de plus en plus, ces entreprises rechignent à faire une étude qui ne sera peut être pas retenue.

La solution est d’imposer un réseau prétendu fiable et maîtrisé. Ce qui évite cette perte de temps mais enferme le client dans une réponse univoque qui limite son choix.

Comment associer les outils informatique à cette démarche sachant que les acteurs de ce réseau ont des capacités d’usage très variables et souvent limitées ? Progresser dans ce domaine serait très utile et profitable.

D’autres acteurs se joignent à cette activité. Bureaux de contrôle, Bureaux d’Etudes Techniques (Béton armé, études de sol, thermicien, bilan énergétique etc.) Comment les associer suffisamment en amont alors que durant la conception, la concrétisation n’est pas assurée ? D’autant que l’administration exige de son côté des projets de plus en plus aboutis. Pendant que leur concrétisation, donc leur rémunération dépend justement de la réponse administrative. C’est le professionnel qui est amené à prendre un risque pouvant le conduire à l’impasse.

On peut ajouter les fournisseurs de matériaux. Marchands, revendeurs ou fabricants. On est là confronté à des démarches commerciales parfois agressives mais aussi à la nécessité d’être informé et de développer un réseau de confiance. On est dans le même temps bombardé d’informations par des revues et autres notes techniques qu’il est très difficile de suivre. Cette maîtrise participe de la créativité, permet de répondre efficacement aux besoins des clients, esthétiquement et financièrement. Rares sont ceux qui y parviennent de manière satisfaisante faute de temps.

Le dernier partenaire concerne les acteurs publics (Urbanisme, Hygiène, Normes handicapés, pompiers etc.). Je passe sur les aspects juridiques et règlementaires qui pourtant concernent une somme considérable d’informations.

Tous ces aspects étaient traités dans des cabinets comprenant un personnel important (en moyenne 4 à 8 collaborateurs. Aujourd’hui la grande majorité des architectes travaille seul en comptant sur son ordinateur et internet. Cela les conduit à payer de leur temps. Et certains finissent par travailler 7 jours sur 7, plus de 15 h par jour. En raison des tarifs qu’ils consentent, leur rémunération est inférieure à celle d’une femme de ménage. Il est impératif de sortir de ce processus mortifère. Et il est évident que l’existence d’internet n’apportera pas de réponse satisfaisante si on ne parvient pas à l’adapter à ces besoins.

Amicalement Franz

le 11 mai 2010 par Frantz
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