Télécentre, Coworking, Bistrot, Réseaux : Sociabilité et Cloud Computing

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Télécentre, Coworking, Bistrot, Réseaux : Sociabilité et Cloud Computing

A l’heure de l’arrivée enfin ! du haut débit partout et du très haut débit en quelques endroits… on voit fleurir de nouvelles terminologies de lieux visant à rassembler les télétravailleurs, travailleurs nomades. Y a-t-il vraie nouveauté ?


Y-a-t-il du nouveau à l’horizon ?

  • Les lieux de convivialité ont toujours été utiles aux hommes et traduisent ce désir de communauté professionnelle ou non, factuelle ou non…. le besoin de se rencontrer… hier uniquement de visu, demain de visu et virtuellement. Cf ce que dit Marc Augé dans son ouvrage sur les Non-Lieux [1].
  • Le lien entre ces lieux et le développement des territoires, comme avec les pratiques d’influence ne date pas d’aujourd’hui. Toutes les époques eurent leurs lieux référents dans la construction de la sociabilité (certains furent de perversion, d’autres d’éducation, de loisirs, et aussi de solidarité, de construction des pensées publiques ou politiques…). Sociabilité visant parfois simplement le quotidien des gens, ou la solidarité de groupes (cf les nombreux corporatismes, sociétés cultuelles, réseaux secrets etc…). Selon les contextes on les dénomme : maison commune, maison des entreprises, hôtel de la communauté, maison des syndicats, maison de l’emploi et de la formation ou plus simplement : salle des fêtes, fumoir, club, salon, café, bistrot, bar, terrain, cours de musique, de danse et de peinture, sans omettre les lieux de cultes, passages couverts, places publiques, salles de concert, cinémas, galeries d’art…. Autant de lieux favorisant la mondanité, la distraction, l’éducation ou la gouaille de nos concitoyens.
  • Que penser alors des télécentres, espaces de coworking - éco-centres - smart work - open-coffee - télécottages, ? : réelle nouveauté des fonctions, des pratiques, des usages ou simple nouvelle dénomination d’une mode ?
    • Relire à nouveau ce que dit Marc Augé cité [2]. A chacun de répondre en situant le sujet dans son contexte local ou professionnel.
    • Ce qui est probable, c’est la nécessaire interaction de ces nouvelles « localisations » censées créer de la valeur et l’évolution rapide à la fois des technologies et des pratiques de mobilité ; là où le rapport aux investissements respectifs interpelle des échelles de temps (et donc de rentabilité ou d’amortissement) totalement différentes.
    • Ceci sans oublier la relation à « ce qui fonde l’usage » et ce que cela signifie dans « le rapport à l’humain » cf Philippe Starck, design, mobilité, télétravail…. Le retour des Usages contre la Matière.
    • A approfondir aussi l’incidence de la mobilité en connexion continue, sur ce type de lieu « figé », et le devenir de lieux numériques comme les cybercafés, les places wifi, les papi (point accès public à l’internet)… sans oublier les « mousses » à la mode Autrans (groupe social ponctuel dans un café wifi)…

Influence des technologies ?

L’internet peut conduire à la solitude de son écran ou de son terminal mobile. Conjointement fleurissent des groupes en tous genres : ludiques, marketing, professionnels dénommés tribus, communautés, réseaux sociaux etc… dont on a du mal parfois à bien cerner ce qui en fait les valeurs, les éléments de solidarité, d’affectio… à moins d’adhérer au propos de Marcel Hénaff : « Faire communauté, c’est devenir une société de »com-munia« , c’est à dire de dons (munia) partagés » [3].

Vers un nouveau sens social, de nouvelles valeurs de sociabilité ?

Les réseaux sociaux ont à la fois bonne presse (la mode) et mauvaise presse (en particulier en milieu professionnel) [4]. Certains les voient même dépasser Google [5].

  • Mais à part les mots accolés ou l’addiction à un flux d’infos « courantes » en tous sens ou répétées à l’envie ; quelle est la valeur ajoutée produite par ce type de réseaux [6] ou encore Social media : limites temporaires et quelques perspectives :
    • Contacts humains… à distance,
    • Sentiment d’appartenance… à distance dans des univers sociaux en crise,
    • Jeux pour être, être vu, savoir ou se faire valoir
    • Logique de représentation, d’identité, de reconnaissance par effet mode… Le « être dans » ou le « faire partie de »…
  • Doit-on alors se réjouir du retour en grâce des lieux physiques favorisant l’interconnexion, le travail autour de… N’est-il pas trop tard pour redonner de la proximité physique en milieu rural comme en milieu urbain ? Cette approche privilégiant au fond l’investissement, le visible dans une société numérique dont les usages sont virtuels ? Paradoxe des lieux « implantés » alors même qu’une partie des productions du travail (dont celles des télétravailleurs et travailleurs nomades) ne sont plus strictement localisables !
  • Enfin regard essentiel sur le rapport à l’autre énoncé par Lucien Sfez en commentaire  [7] de l’ouvrage de Marcel Hénaff cité sur le don  [8]

Vers de Nouveaux Objets Sociaux de Convivialités ?

A l’instar de l’objet social décrivant le pourquoi d’une entreprise, on voit émerger ici et là des objets sociaux « techniques » dont la vocation est d’accroître les mises en relation. Cf par ex le Cloud Computing (Utilisation de la mémoire et des capacités de calcul des ordinateurs et des serveurs répartis dans le monde entier et liés par un réseau. Cela consiste pour les entreprises à externaliser les ressources numériques qu’elles stockent) [9].

Vers de nouveaux rythmes sociaux

La réalité des égoïsmes et l’instabilité des engagements est souvent sous-estimé : « on notera que le »zapping« a là aussi de plus en plus cours, et qu’à l’adhésion durable quasi irréversible … se substitue l’engagement ponctuel… » [10].

A propos de la sociabilité, quelques repères :



le 9 février 2010 par Redaction Wirkers
modifie le 24 mars 2010

Notes

[1] 1992 intitulé « Non-Lieux, Introduction à une anthropologie de la surmodernité » par Marc Augé, Ed. Le Seuil. : à propos de Roissy : « N’était-ce pas aujourd’hui dans les lieux surpeuplés où se croisaient en s’ignorant des milliers d’itinéraires individuels que subsistait quelque chose du charme incertain des terrains vagues, des friches et des chantiers, des quais de gare et des salles d’attente où les pas se perdent, de tous les lieux de hasard et de rencontre où l’on peut éprouver fugitivement la possibilité maintenue de l’aventure, le sentiment qu’il n’y a plus qu’à « voir venir » ? »

[2] « Les mots à la mode sont ceux des non-lieux. Ainsi pouvons-nous opposer les réalités du »transit« …à celle de la résidence ou de la demeure, »l’échangeur« (où l’on ne se croise pas) au carrefour (où l’on se rencontre), le »passager« (qui définit sa destination) au voyageur (qui flâne en chemin), »l’ensemble« (groupe d’habitations nouvelles) au monument (où l’on partage et commémore. » - Marc Augé

[3] Le prix de la vérité - le don, l’argent, la philosophie par Marcel Hénaff - Ed Seuil

[4] Cf Réseaux sociaux d’entreprise distraction ou réél apport par Thomas Poinsot - Source The Economist

[5] Cf Facebook <> Google News : le bouche à oreille plus prolifique pour la presse que l’algorithmique !

[6] Cf La géopolitique d’internet par Solveig Godeluck - Ed La découverte : « Les communautés virtuelles sont même caractérisées par le »lien faible« qu’elles permettent d’entretenir : les amis sont lointains, on ne les croisera peut-être jamais, on ne leur dévoile qu’une partie de ses opinions, et on les fréquente pendant un temps limité. Cette mutation de la convivialité en »relation individualisée à la société « est une façon de restructurer le lien social lorsque les familles sont nucléaires, le travail sur mesure, les institutions en crise, bref, à l’âge de l’ »individualisme en réseau« . Plutôt que de désigner la communauté virtuelle comme acteur géopolitique du cyberespace, il est plus juste de considérer l’internaute comme un »colon« du virtuel, certes rattaché à une immense colonie, mais doté d’une légitimité et d’un pouvoir isolés. Il lui arrive, par la suite, de s’allier pour accroïtre ses forces. »

[7] Cf le numéro de la revue Esprit « Y-a-t-il encore des biens non marchands ? » - Février 2002 N°2

[8] "Ce dernier « défend l’idée qu’entre le donner et le rendre, c’est l’initiative du donner qu’il faut interroger, dès lors que le don n’est pas, comme nous avons coutume de le penser, un fait d’évidence morale. Ce qui compte du point de vue du noème du don cérémoniel, c’est le premier geste, celui du défi adressé à l’autre d’entrer en reconnaissance, l’appel qui lui est lancé, depuis le don non d’un bien mais de soi-même ou de »quelque chose de soi« qui en tient lieu, qui oblige l’autre à en faire « autant », non dans une égalité proportionnelle des présents, mais dans une asymétrie tenant à l’inévaluable et qui vaut signe de reconnaissance. En cédant à l’autre, je m’allie avec lui et je l’oblige (d’une obligation qui n’est ici ni morale, ni juridique) à l’être-en-commun du lien social » Marcel Hénaff.

[9] Informatique dans les nuages - Vers la dématérialisation des salles - Le « cloud computing » bouscule l’informatique - Le Monde - - Le cloud computing, l’informatique de demain ?

[10] Cf le travail de Jacques Ion - Le temps de l’engagement pluriel , Jacques Ion, Revue Sciences humaines hors-série N°39 déc 2002 / janv-fév 2003 Page 58