9- Quels rôles dévolus aux opérateurs et aux réseaux de personnes du local ?
L’opérateur local est ici entendu comme un acteur qui articule, impulse, anime localement et au plus près des habitants ou membres d’une communauté : les potentiels, les compétences et savoirs, les besoins, les usages, les fonctions sociales et productives de proximité.
Il ne s’agit pas de la définition d’un opérateur local versus Arcep, restrictive dans ses fonctions sociales de proximité et reconnu dans sa seule composante télécoms. Ce n’est pas non plus celle des opérateurs dominants du réseau internet qui n’ont vu dans les opérateurs locaux que des commerciaux de leurs solutions et services pour générer du trafic.
A ce titre un réseau de commerçants, un réseau de personnes motivées et entreprenantes, un acteur de la construction, de la gestion d’habitat ou d’aménagement de quartier ou de pays en milieu rural, une association citoyenne ou professionnelle de proximité traitant de sujets thématiques ou locaux, un milieu éducatif, … sont des opérateurs locaux potentiels.
- Ils disposent souvent de la reconnaissance locale, ont un vécu intime des lieux, des réseaux sociaux et des fonctions collectives de proximité (présentes ou manquantes), des lignes de forces du territoire de proximité,
- La technicité éventuellement nécessaire au déploiement du réseau technique est à leur portée car aisément accessible sur le net dans diverses communautés de mutualisation de savoirs [1]. Pour agir, ils peuvent créer des partenariats ou contractualiser avec des distributeurs de produits numériques ouvrant pour ces derniers de nouveaux marchés. A ce titre, ils peuvent conforter des relations clients / fournisseurs / usagers positionnées à leur échelle dans l’esprit des démarches RSE (responsabilité sociale des entreprises Sa8000), l’une des composantes du développement durable.
- Ils peuvent, dans l’esprit des tables de communautés du Québec, forger oeuvre commune et faire émerger des offres entrepreneuriales du 1er mètre dans une approche bottom up, pilotées par des habitants [2] en relation avec ces opérateurs locaux « intégrateurs » ou « innovateurs » véhiculant des valeurs marchandes ou / et sociales et solidaires.
- Ils peuvent aussi explorer la voie des « sections de commune numérique » (l’un des modes de gouvernance des biens communs) comme évoquées par Bernard Garrigues sur le cas de la Garde-Guérin - Développement local en pays de Regordane [3].
- Libre à eux de cibler divers marchés ou sujets possibles d’actions : télé-santé de proximité (et autres services à la personne), télé-sécurité de quartier, de rue, de hameau, aptitude - employabilité des habitants, habitat intelligent, création d’emplois (hors seule filière numérique), économie numérique de services de proximité contribuant à la sociabilité, économie de production (par ex en réintroduisant l’artisan « numérique », l’homme d’ouvrage, de fabrication dans la vie du quartier)…
- Ceci en construisant des contenus de service ou de production créés localement et « consommés » localement ou non… mais produisant de la valeur locale et donc de l’enrichissement (en termes monétaire ou de sociabilité).
- Dans les faits, ces nombreux réseaux de personnes tissent la vie d’une unité urbaine, rurale ou communautaire, et en révèlent le dynamisme d’énergies. Ils peuvent agir en indépendance entrepreneuriale ou en liaison plus ou moins proche avec les élus, les institutions représentatives locales démocratiques, économiques, sociales, cultuels. Ils sont bien l’un des fondamentaux des territoires de proximité géopolitique ou numérique en forgeant les solidarités, les affectios societatis qui font communauté de vie et d’action.
Ils sont les « acteurs du premier mètre » du développement local des territoires numériques.
10- Suggestions à l’attention des décideurs et influenceurs locaux
Les décideurs et influenceurs locaux (élus, fonctionnaires, entrepreneurs, réseaux économiques, sociaux, culturels et cultuels) ont la lourde responsabilité d’accompagner plus ou moins les initiatives évoquées ci-dessus. L’axe d’engagement dans l’aménagement numérique des territoires (atteindre le dernier mètre) ou / et dans l’aménagement des territoires numériques (partir du premier mètre) est politiquement et socialement responsable.
- A eux de trouver l’articulation, parfois délicate, entre les diverses dynamiques nécessaires à la réussite économique, sociale et d’employabilité [4] des habitants de leur cité et de leur territoire.
- Cela peut être l’occasion de réinvestir, dans une époque numérique, la question des micro-centralités urbaines ou rurales, de déployer ou de conforter des lieux de sociabilité (attention cependant à ne pas se cantonner aux approches de type télécentre et coworking [5]), une économie de services de proximité ; et de réexaminer les pratiques de cheminement et d’organisation des espaces publics dans une dynamique partagée et apaisée [6].
- La question de la concurrence entre territoires doit s’analyser du point de vue du numérique comme un effet taille… non sur le nombre de prises disponibles (l’infra du dernier km) mais sur les capacités d’énergies et d’employabilité des habitants au coeur du 1er mètre du développement local. La voie du premier mètre est prometteuse, car elle active, non la fibre ou autre technologie… mais d’abord le potentiel des contenus et des usages. Pour les décideurs et influenceurs locaux le choix peut être délicat entre « l’équité de la distribution des prises numériques » (avec tout les discours autour de la fracture) ; et « l’optimisation des ressources locales en énergies créatives de contenus ». L’effet réseau repose comme toujours sur sa puissance (comme pour la sous-boucle locale). A l’heure où la création de valeur est d’abord dans les contenus, le choix semble simple… mais la réalité locale reste complexe… L’aptitude numérique (qui ne se résume pas à une formation) des habitants comme des dirigeants reste le meilleur gage de non délocalisation des emplois et de création de richesse.
- Pour le moins, en labourant « leur » local, ils peuvent dans leur choix, s’appuyer sur : les éclairages prospectifs, l’écoute des intelligences de proximité - ce premier mètre des énergies entreprenantes -, les fondamentaux de leur territoire, ce qui fait leur personnalité et leur identité.
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