Technologies, Aménagement des Territoires Numériques - Réussir ou échouer son développement local - Enjeu du premier mètre - Suite 3 : Posture et avantage des acteurs

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Technologies, Aménagement des Territoires Numériques - Réussir ou échouer son développement local - Enjeu du premier mètre - Suite 3 : Posture et avantage des acteurs



Chacun des acteurs du local pour jouer la partition du développement local en contexte numérique doit revoir ses positions, sa posture… et contribuer à « faire bouger les lignes » des dynamiques collectives. L’important est « Premièrement de ne pas nuire » aux autres acteurs… et de faciliter l’émergence des valeurs ajoutées et des contenus (services / productions) de proximité.

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5- La question du « Primum non nocere » entre Infrastructures, Usages, Citoyens

Il est de bon ton d’opposer régulièrement la poule et l’oeuf entre les infrastructures numériques et les usages. L’un n’irait pas sans l’autre et l’ingénieur-expert se fait fort d’affirmer que sans infras, il n’y a pas d’usages… balayant alors d’un revers de main la question pourtant majeure de la concordance des 3 temps : le temps du déploiement technique, le temps de l’apprentissage des usages de la technique ou de ses dérivés, le temps de la démocratie des réseaux.
Si l’on se réfère au principe « Premièrement ne pas nuire » d’Hippocrate, cela revient à poser différemment l’enjeu en réintroduisant le consommateur citoyen.

  • La plupart des technologies dans leur déploiement créent des inégalités d’accès, d’usages, de richesses induites… Richesses monétaires, richesses humaines de la connaissance, richesses sociales des réseaux… Inégalités dont l’origine tient principalement au temps de diffusion de la technique dans les pratiques sociales ou de production, les usages. Ce temps de diffusion est bien plus complexe à maîtriser que le temps de déploiement technique d’un réseau…
  • Dans le développement local et la réussite des territoires, les entreprenants ont dû souvent conjuguer mise en oeuvre de la technique, apprentissage de son usage et affirmation de valeurs autour [1]. Ce n’est pas pour rien que la question refait surface avec le 4e pilier du développement durable si souvent omis : la Gouvernance.
  • Les stratégies de segmentation des préoccupations et des temps (typique des offres des opérateurs dominants, mais aussi de la conduite de la plupart des DSP bien trop focalisée sur la seule infra) sont un frein pour l’équilibre et l’équité des territoires. Elles nuisent :
    • aux entreprises qui n’anticipent pas, par apprentissage amont, des usages possibles et cantonnent souvent leur 20 à 30 mo à l’envoi de mails, à la gestion nomade des commerciaux ou au surf d’internet.
    • aux citoyens confinés dans un rôle passif de consommation push, un mimétisme des comportements, une revendication d’accès… Il n’est qu’à voir le peu de pratiques collaboratives citoyennes de contenus ou de crowdsourcing mis en place par les collectivités ou les entreprises.
    • aux usages eux-mêmes dont l’identification, la créativité sont plutôt l’oeuvre de centres de recherche chez les opérateurs dominants, ou d’entreprenants « icônes du web ».
  • « Non Nocere » signifierait jouer localement l’intelligence collective des réseaux humains en acceptant « le complexe » et la conduite concomitante du déploiement technique, de l’apprentissage des usages, de la gouvernance des actions avec les citoyens-consommateurs. Ces derniers valorisant alors localement le bien commun de l’Internet autour de services locaux et de son appropriation.

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6- L’expert technique et le commercial / communiquant
face à l’Aménagement des Territoires Numériques ?

Le décalage est assez saisissant entre les préoccupations :

  • Les pratiques numériques des réseaux sociaux et communautaires mettant l’internaute au coeur de la production des flux, toute politique d’aménagement doit probablement intégrer ces tendances lourdes en adoptant pour les experts la position du Philosophe Sceptique bien davantage créative que les certitudes parfois arrogantes : « Je ne recherche que la vérité. Sur le fond de mes évidences propres, fruits d’une vie de méditation, je vais dire ce qui me semble vrai. Je proposerai des analyses, je donnerai des raisons, j’avancerai des arguments ; des preuves je ne puis en fournir. vous êtes donc libres de penser que je me trompe, que je suis dans l’illusion… » [2]
  • Plus généralement l’expert technique, surtout à l’heure des wikipedias, n’est pas assez offensif et pédagogique sur son propre savoir. Il procède souvent par simplement affirmation pensant ainsi convaincre, alors même qu’il devrait, en revisitant l’histoire des sciences, faire davantage oeuvre pédagogique, débattre, accepter la mise en doute… car son rôle dans la société n’est pas que l’innovation ou la « fabrication » de la technique. Il lui faudrait par exemple :
    • Repenser à la Tour Eiffel aux arbres 1909 de Robert Delaunay [3] sans oublier bien sûr de relire le texte de C.Baudelaire de 1855 sur le progrès et l’art [4].
    • Méditer quelques citations [5] : Sortir du scientisme et de son contraire par D.Lecourt (auteur d’un rapport pour le Ministre de l’Education Nationale accès ici) - Professeur de philosophie à l’université de Paris-Diderot Paris VII.
      • « Il me parraît vital de permettre aux étudiants des disciplines scientifiques et technologiques de ne pas succomber à la tentation de cette philosophie implicite (le scientisme), gage d’un confort intellectuel illusoire. Donnons-leur accès à la dimension d’aventure intellectuelle que comporte la pensée scientifique, ainsi qu’aux enjeux humains de la pensée technique… »
      • « …La pratique de l’histoire des sciences peut s’avérer utile à la recherche elle-même - à condition que cette histoire ne se résume pas à l’historiographie (si nécessaire qu’elle soit), mais nourrisse une réflexion philosophique sur les perspectives de la connaissance »
    • Faire la paix avec le sens commun par B.Bensaude-Vincent - Professeur d’histoire et de philosophie des sciences à l’université de Paris X.
      • « L’idée d’un progrès nécessaire et autonome des sciences me paraît être à la racine de ce sentiment, partagé par les scientifiques, les médiateurs scientifiques et bien souvent le public lui-même, qu’il existe un fossé grandissant entre l’élite scientifique et le reste de la société… Cette conviction, qui justifie l’effort des médiateurs, n’était pourtant pas celle des pionniers de la vulgarisation au XIX°siècle… »
      • « Ce qui compte, c’est que, dans chacune de ces filières, l’objet science soit considéré sous plusieurs perspectives, pour sa beauté, pour son efficacité, pour ses enjeux, voire pous ses dangers techniques et culturels » 
  • Pour leur part, le commercial ou le communiquant (marketing et communication média) exploitent, sous couvert de bons conseils ou de plan produits / services, les peurs et angoisses « de ne pas avoir d’accès ou être de leur temps » des décideurs locaux quant ce n’est pas celles des internautes (soumis à la nécessaire courbe d’apprentissage sur les usages). Ils sont certes dans leur rôle. La seule prudence est de les inviter à s’engager contractuellement sur la correspondance entre discours et réalité, et d’afficher une capacité « contradictoire et interpellative » argumentée.

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7- Quels avantages pourraient en tirer les élus et les citoyens ?

  • Une telle optique permettrait aux élus et fonctionnaires des collectivités de sortir du modèle de dépendance, relationnel, économique et financier, voir culturel avec les opérateurs dominants dont la finalité n’est pas de répondre aux enjeux du local, mais de satisfaire leur logique de rentabilité financière. Pour le moins, ils établiraient de nouveaux rapports de discussion / négociation avec les opérateurs techniques de réseaux.
  • Le volet économique et l’incidence financière pour les budgets des collectivités seraient impactés en fixant aux opérateurs techniques dominant, à l’occasion d’une DSP, des enjeux de développement local, ne se cantonnant pas à une offre de trafic ou à faire émerger une liste d’opérateurs locaux dont souvent la plupart ne sont que des commerciaux, voir n’ont pas l’activité réelle mentionnée.

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8- Quels avantages pourraient en tirer
les opérateurs d’infras et les opérateurs de contenus ?

  • Même si aujourd’hui, ils cherchent mutuellement à « se mettre à contribution » ou à « se passer l’un de l’autre » ; les deux types d’opérateurs sont indubitablement liés ; tout en devant prendre en considération les conditions de la concurrence et les volets réglementaires européens [6] . Cela ne signifie pas forcément une logique industrielle intégrée ou de simples participations mutuelles… mais bien davantage l’identification d’autres modèles économiques que ceux existants. Les éco-systèmes ont l’avantage, du point de vue entreprise de « piéger à l’insu de son plein gré » l’utilisateur en véhiculant des valeurs sociales, humaines, opérationnelles à côté du produit technique ou du service. Il n’empêche, les internautes peuvent fort bien « riper » d’un modèle à l’autre et l’actualité économique des réseaux sociaux montrent bien que la course aux acquisitions est infinie, puisqu’à « prédateur », il y a toujours « prédateur et demi »…
  • Les uns comme les autres auraient, dans le contexte évoqué ci-dessus du rôle des internautes dans la création de mouvements communautaires, intérêt à jouer la carte de la stimulation des contenus [7] plus que les discours sur la séduction des services ou des produits des opérateurs dominants plaçant l’internaute dans une situation de « consommateur abruti d’offres et passif ». Mais comme souvent dans les mondes économiques, la vision à moyen terme est faible au bénéfice du court terme. Le premier qui tirera les contenus sera le champion demain.
  • L’offensive est lancée pour augmenter la durée de visionnage (cf les Echos : Nouvelle offensive des géants du Net pour le contrôle des contenus) à coup de rachats, de diversification de chaîne vidéos dédiées, avec marginalisation des chaînes de télévision (perdant les marchés du câble et de la Tnt au profit de l’internet) et quête de contenus originaux… Le tout pour conforter la segmentation marketing en cours sur les téléviseurs connectés (vidéo la demande, télé de rattrapage, jeux, applications utilitaires et services interactifs… Un boulevard pour les acteurs du développement local qui sauront proposer des contenus sur leur réseaux du 1er mètre…

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Si le lecteur souhaite approfondir les contenus présentés :
Cf Liste de discussion - DLD-Wirkers ou me contacter.

Voir en ligne : Technologies, Aménagement des Territoires Numériques - Réussir ou échouer son développement local - Enjeu du premier mètre - Introduction

le 11 avril 2011 par Jacques Chatignoux Opérateur
modifie le 18 mai 2011

Notes

[1] Relire Redonner du sens dans les pratiques du travail numérique - Repères au Familistère de Jean-Baptiste André GODIN - Thiérache - Aisne 

[2] Article "Le scepticisme philosophique et sa limite par Marcel Conche - Cf Le magazine Littéraire N°394 janvier 2001 consacré au Retour des sceptiques.

[3] Quelles illustrations de la diversité des regards de Delaunay sur la Tour Eiffel et Musée Guggenheim

[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Charle... Cf aussi sur le Progrès le texte de Agora Québec

[5] Source des extraits cités - Histoire et philosophie des sciences - Revue Sciences Humaines N° hors-série N°31 dec 2000-2001

[6] cf : Scinder France Télécom… une idée qui fait son chemin - Avis de l’Autorité de la Concurrence.

[7] Cf l’initiative d’une communauté intéressante dont les acteurs locaux pourraient s’inspirer : Construire une infrastructure numérique pour les Sciences Humaines et Sociales (SHS) - deuxième université du TGE Adonis.