ONF : Non dialogue dans notre époque numérique… Oui, il ne faut plus laisser l’avenir de la forêt dans les seules mains des spécialistes

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Débat

ONF : Non dialogue dans notre époque numérique… Oui, il ne faut plus laisser l’avenir de la forêt dans les seules mains des spécialistes

 
Dans un article du 28/02/2014, au Courrier des maires, le Président du Conseil d’Administration de l’ONF, Jean-Yves Caullet, titre : Ne plus laisser l’avenir de la forêt dans les seules mains des spécialistes !

Bravo pour l’affirmation qui soulève plusieurs questions :


1- « Obligation, désormais, de soumettre les orientations nationales – le plan national et les plans régionaux qui vont en découler – à un débat public au sens de la Commission nationale du débat public. »

  • Evidence…. mais dans une société numérique de proximité, on doit aussi écouter directement ce qui bruisse sur l’internet (buzz, réseaux sociaux, argumentaires… plus ou moins visibles…) ; et non se contenter d’une Commission Nationale dont certains débats récents ont bien montré les limites dans l’acceptabilité démocratique par nos concitoyens !
    Il faut méditer le propos suivant : « Le plus difficile dans l’art du dialogue, ce n’est pas de parler, c’est d’apprendre à écouter » - Jean Marie Petitclerc.
    Et ce d’autant plus que nous vivons dans une société à la fois acentrée, incertaine et instable ; dont la lecture se fait par fragments… [1].
    Le contexte numérique impose de nouvelles formes de gouvernance :)

2- « Sensibiliser tout le monde au fait que l’avenir de la forêt s’inscrit sur des temps longs ».

  • Bien sûr… sauf que notre société numérique s’inscrit pour sa part dans différentes échelles de temps bien souvent contradictoires et concomitantes !
    Cela suppose des formes d’adhésion et de conviction envers les citoyens, riverains habitants… et donc des discours adaptés de la part de l’Onf, qui ne se réduisent pas à des poncifs de com ou à valoriser quelques opérations symboliques !
    A se cantonner à ce type de registre… c’est oublier que souvent le détail… peut réduire à néant bien des efforts ! Le détail c’est justement le défi de tous les instants et la capacité à reconnaître comme digne d’écoute et de respect le propos ou le situation ou encore le vécu de chacun. Et puisque l’ONF parle de Défis… Parlons Détails !
  • Comment sinon donner le moindre sens et la plus petite valeur à des envolées comme : « randocroquis, trésors de la forêt, voix de la forêt, randonnée ou retrouvances, expérience inoubliable, Odyssée Verte expérience sensorielle pour tous, à la cime des arbres ! »
    Les riverains du Quartier des Terrasses apprécieront ces formules à leur juste valeur… dans un univers rasé ! [3]

3- « La Nation doit enfin s’intéresser à l’avenir de la forêt, celui-ci ne doit plus être laissé entre les seules mains des spécialistes. C’est à ce moment là j’espère que l’on parlera sincèrement de la multifonctionnalité de la forêt, des modalités de son exploitation, que l’on sensibilisera tout le monde au fait que l’avenir de la forêt s’inscrit sur des temps longs. »

  • Mais c’est bien sûr ! Il suffit que les dirigeants comme le management de l’Onf respectent profondément et au quotidien riverains, citoyens et habitants…
    Notre société numérique prône la Re-Connaissance mutuelle, le partage, la coopération… voir la co-construction.
  • Disposer du savoir technique et de l’autorité juridique ne suffisent plus à fonder une crédibilité sociale acceptée [4]. Pour l’Onf comme pour nombre d’organisations issues des siècles passés.
    Il faut bien davantage méditer et s’inspirer de ce que disait Gérald Sfez dans la revue Esprit [5] à propos du livre de Marcel Hénaff « Le prix de la vérité - le don, l’argent, la philosophie - Ed Seuil » : « Ce qui compte… c’est le premier geste, celui du défi adressé à l’autre d’entrer en reconnaissance, l’appel qui lui est lancé, depuis le don non d’un bien mais de soi-même ou de quelque chose de soi qui en tient lieu, qui oblige l’autre à en faire »autant« , non dans une égalité proportionnelle des présents, mais dans une asymétrie tenant à l’inévaluable et qui vaut signe de reconnaissance. »
  • Oui c’est bien le premier geste qui compte : celui de l’écoute et du dialogue, et non celui de la violence d’une coupe rase faite sans concertation… comme c’est le cas en de nombreux endroits de France !
  • Pourquoi pas utiliser un terme comme « multifonctionnalité » de la forêt, même si le mot est controversé… Faut-il encore que le B A Ba du dialogue de proximité soit assumé par tous les forestiers avant, pendant et après un projet.
    N’est-ce qu’un jargon de plus comme le mot « durable »… tellement galvaudé que plus personne n’y prête attention, tant il y a écart entre discours et pratiques !

4- A propos du Couper Plus : Guy Rochon écrit en commentaire du propos de Jean-Yves Caullet dans le Courrier des Maires : « Je regrette par exemple que cet établissement dont j’ai partagé les valeurs passées, ne se défende pas plus fortement contre ces directives du « couper plus » ! C’est une insulte faite aux anciens gestionnaires qui avaient leur expérience et leur savoir au service de la forêt en élaborant des plans de gestion conforme aux réalités de terrain, des milieux associés…et indépendants de décisions politiques. Depuis très longtemps, ils ont fait des inventaires, créé des accès routiers, planté et fait en sorte que tout fonctionne de mieux en mieux, récolté et vendre les produits…Continuer à progresser sur tous les besoins et les attentes de la société, quoi de plus normal ! Mais leur dire du jour au lendemain que la forêt était sous-exploitée, mal gérée au plan écologique et économique ! Quelle prétention ! »

  • Sans trancher entre les deux visions respectives pour l’avenir de la forêt,,, nous dirons que tout ce qui est trop mécaniste et découplé des préoccupations et du ressenti des riverains et habitants en proximité… n’est à l’évidence guère de bon conseil …
  • De plus, les modifications profondes dues à notre époque numérique vont tellement modifier les questions d’habitat, de mobilité, d’énergie, de temps de travail… et plus généralement de création de valeurs… qu’il est bien difficile de situer l’horizon ! Une gestion de la forêt, dans ce nouveau contexte numérique devrait davantage conduire à de la prudence qu’à des comportements simplement mécanistes. A voir si l’ONF et autres gestionnaires de la forêt sauront faire preuve d’intelligence et de bon sens ?
    A ce titre il serait de bon aloi, pour respecter les directives gouvernementales d’ouvrir en partage les savoirs et les pratiques décisionnelles (Suivi de la mise en œuvre du Règlement national d’exploitation forestière, Constats d’achèvement pour les opérations d’exploitations, Suivi Contrat objectifs / performance Etat-ONF-FNCofor 2012-2016, Renforcer la mise à disposition en Open Data [6] des documents d’aménagements et autres données sur la forêt…).

Voir en ligne : ONF ne peut plus agir sans écouter, respecter et dialoguer avec les riverains et habitants

le 16 juillet 2014 par Jacques Chatignoux
modifie le 31 juillet 2014