Les nouveaux cercles numériques sont-ils dans l’illusion et la consanguinité ?

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En débat

Les nouveaux cercles numériques sont-ils dans l’illusion et la consanguinité ?

Les pratiques numériques du travail induisent des écritures, des comportements, des sociabilités, des logiques d’appropriation ou de panurgisme… le tout dans un monde où la séduction par défaut de sens tient, bien souvent, lieu d’identité.


Eléments du débat

  • Les Nouvelles écritures sont souvent réductrices et ne constituent pas forcément des conversations et encore moins des échanges argumentés :
    • Ego perso des blogs - twetts à 140 caractères - copiage dépêche AFP…
  • La négation toponymique est fréquente aujourd’hui, dans la lignée du résultat des constructions de routes ou des mutations urbaines ayant détruit des toponymies séculaires.
    • Il est frappant de voir aujourd’hui que les nouveaux lieux dits de sociabilité sont sans nom… ou plutôt ne savent accoler qu’un nom générique et une localisation… même sans nom puisqu’elle n’est que code GPS ! Cf ci-dessous Lieux et Non lieux et les propos de Marc Augé [1].
  • Quête d’identité. Les nouveaux lieux de pratiques numériques sont-ils facteurs d’identité ou simplement de prégnance d’usages : télécentres, co-working, bureaux du futur… ?
    • Cf ce que disait Marc Augé à propos de Roissy : « N’était-ce pas aujourd’hui dans les lieux surpeuplés où se croisaient en s’ignorant des milliers d’itinéraires individuels que subsistait quelque chose du charme incertain des terrains vagues, des friches et des chantiers, des quais de gare et des salles d’attente où les pas se perdent, de tous les lieux de hasard et de rencontre où l’on peut éprouver fugitivement la possibilité maintenue de l’aventure, le sentiment qu’il n’y a plus qu’à « voir venir » ? » [1]
  • La question du Sens. Les pratiques numériques du travail créent de nouvelles modalités opérationnelles. Pour autant elles contiennent via les avantages et la notion de groupe social, des ferments de sens. A éclairer par ce qui suit.
    • « Ce besoin de donner un sens au présent, sinon au passé, c’est la rançon de la surabondance événementielle qui correspond à une situation que nous pourrions dire de « surmodernité » pour rendre compte de sa modalité essentielle : l’excès ». [1]
    • « Cette surabondance spatiale fonctionne comme un leurre… Elle constitue pour une très large part un substitut aux univers … de reconnaissance… plutôt que de connaissance : univers où tout fait signe, ensembles de codes dont certains ont la clef et l’usage, mais dont tous admettent l’existence… » [1]
    • « Jamais les histoires individuelles n’ont été aussi explicitement concernées par l’histoire collective, mais jamais non plus les repères de l’identification collective n’ont été aussi fluctuants. La production individuelle de sens est donc plus que jamais nécessaire ». [1]
  • Lieux et Non-Lieux. Ces nouveaux espaces de sociabilité (virtuelle ou physique) se veulent des Lieux… En sont-ils ?
    • « Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu ». [1]
    • « L’espace du non-lieu ne crée ni identité singulière, ni relation, mais solitude et similitude ». [1]
  • La question de la Trace
    • Dans une société de la fugacité et du flux, qu’en est-il de cette question… qui nourrit la mémoire des hommes, et l’inscription dans des identités.
  • La question de la Re-connaissance. Les membres fréquentant avec assiduité ou de façon volage ces nouveaux cercles numériques font-ils acte d’allégeance à une mode ou sont-ils en situation de produire de la Re-connaissance ou simplement assurent-ils leur représentation ?
    • “Ce qui compte du point de vue du noème du don cérémoniel, c’est le premier geste, celui du défi adressé à l’autre d’entrer en reconnaissance, l’appel qui lui est lancé, depuis le don non d’un bien mais de soi-même ou de »quelque chose de soi« qui en tient lieu, qui oblige l’autre à en faire « autant », non dans une égalité proportionnelle des présents, mais dans une asymétrie tenant à l’inévaluable et qui vaut signe de reconnaissance.”  [2]
  • Les Communs et Commons…. Tout semble vouloir y conduire. Ce serait la nouvelle terminologie du service public, l’étendard de rassemblement des aficionados de l’Open Source, des nouvelles Licences, de la mutualisation des démarches entrepreunariales … au risque de devenir « un lieu commun »… comme l’est le « développement durable » aujourd’hui, et conduire à la glose.

Pistes de Progrès et Risques

  • Réinvestir la toponymie et pas uniquement le marketing univalent.
  • Risque pour les Managers déboussolés confrontés à l’effondrement des systèmes relationnels classiques fait d’autorité donnée… Comment peuvent-ils conduire leur équipe de télétravailleurs par exemple, sans Valeurs de fond s’appuyant sur du Sens… ou en se cantonnant aux seuls valeurs d’efficacité de leur entreprise ? L’émergence des questions du stress traduit ces nouvelles réalités. Le manager peut-il trouver remède dans ces nouveaux cercles numériques… alors même qu’on lui demande à la fois de jouer les réseaux de ses collaborateurs et d’être un impulseur de Conversations !
  • Apprendre à réfléchir par soi-même tel est le ferment du renouveau des pratiques philosophiques… Que dire alors dans ce contexte des cercles numériques de la position du Philosophe Sceptique : « Je ne recherche que la vérité. Sur le fond de mes évidences propres, fruits d’une vie de méditation, je vais dire ce qui me semble vrai. Je proposerai des analyses, je donnerai des raisons, j’avancerai des arguments ; des preuves je ne puis en fournir. vous êtes donc libres de penser que je me trompe, que je suis dans l’illusion… » [3]
  • La question de l’économie. Aujourd’hui les créations de valeurs semblent résulter des expériences utilisateurs et des éco-systèmes. Le tout dans des combats acharnés ou feutrés, où le marketing et la séduction côtoient des questions du respect des données personnelles.
    • Ces cercles numériques ne semblent pas clairs sur leur positionnement économique… c’est à dire ce qui fait valeur dans les flux d’échanges et plus généralement comment s’articulent le contenu des besoins et le mode de leur satisfaction.
  • La segmentation des usages. La tendance de ces cercles numériques, n’est-elle pas celle de l’Omnipotence… alors même que l’homme doit maintenir la posture de la très intéressante segmentation d’usages que permet l’internet ; en jouant aussi de la « dispersion granulaire ».
  • Ne pas négliger les questions de la violence sociale tant dans les contextes de la Rue Physique ou de la Rue Internet. Les nouveaux cercles numériques ne peuvent se limiter à l’Univers du « bonheur assuré » . Il faut réinvestir les relations par exemple à partir de la philosophie de Jean-Jacques Rousseau : « La nature, c’est avant tout ce que l’on oppose à la culture (l’art, la technique, la loi, l’institution, la société, l’arbitraire) » ; celle du Fouriérisme sur la production des lieux de sociabilité ou encore celle de André Gorz visant à « l’autoproduction « hors marché » » c’est-à-dire l’unification du sujet de la production et du sujet de la consommation.
  • Pour le moins, tout ceci pose la question du Statut de l’Homme dans une société numérique de flux.


modifie le 28 mai 2010

Notes

[1] « Non-Lieux, Introduction à une anthropologie de la surmodernité » par Marc Augé, Ed. Le Seuil 1992

[2] le Prix de la vérité » de Marcel Hénaff, Ed. Seuil.

[3] Article "Le scepticisme philosophique et sa limite par Marcel Conche - Cf Le magazine Littéraire N°394 janvier 2001 consacré au Retour des sceptiques.