Le numérique n’est pas la panacée pour réussir le développement local des territoires, la croissance des entreprises et l’employabilité des habitants

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Contretemps… à débattre

Le numérique n’est pas la panacée pour réussir le développement local des territoires, la croissance des entreprises et l’employabilité des habitants

La présentation de l’ouvrage « Territoires et Numérique, les clés d’une nouvelle croissance » de Jean-Pierre Jambes et les commentaires en pied d’article, invitent à suggérer quelques repères à contretemps.


1- Chacun(e) avance comme il peut… selon son désir de réussir « son contexte numérique »… et surtout sa capacité conversationnelle, créative et entrepreneuriale. En somme, l’adéquation ou non de chacun(e) à son époque devrait être le point de départ. Occulter ces simples réalités humaines, source de différenciation / concurrence des territoires, mais aussi d’expressivité, de plaisir de chacun(e), au profit des buzz émotionnels de communication ou de consultants, c’est se préparer des lendemains qui déchantent.

 
2- Le titre de l’ouvrage laisse dubitatif… « Territoires et Numérique, les clés d’une nouvelle croissance ». L’ordre des termes n’est pas anodin…
On reste dans la logique d’aménager numériquement les territoires… comme se fit le déploiement des réseaux techniques ou de flux durant les siècles passés.
Il faudrait bien davantage réfléchir sur cet objectif éperdu d’assurer l’égalité des territoires par le déroulé de la technique numérique. Tous les territoires ont d’abord des ressources infinies et différenciées via la plus ou moins grande énergie de leurs habitants ! Et le numérique ne peut servir d’ersatz miracle.

 
3- La question n’est pas : « La piste esquissée se révèle toutefois exigeante et réclame des changements considérables dans les habitudes de travail des pouvoirs publics. »
Nos élites politiques, décideurs, techniciens, urbanistes, aménageurs etc… publiques ou privées, agissent souvent culturellement par mimétisme avec ce qu’elles connaissent déjà. En l’occurrence, le déploiement physique des réseaux au 19e et 20e siècles.
Quant aux lobies technicistes, ils sont parfaitement dans leur rôle en boostant cette vision spécifique et partielle du numérique.
Le changement plus ou moins conséquent en termes organisationnelles, la plupart des élites connaissent et savent faire… Par contre, les mutations culturelles en se projetant dans l’avenir numérique, leurs sont plus problématiques et autrement douloureuses…

 
4-Il faudra bien un jour revoir le 1425-1 qui est peut-être un marché de dupes : actant la stratégie financière des opérateurs privés, les fractures sociales et territoriales, confortant des échelles territoriales géopolitiques n’ayant que peu à voir avec le caractère acentré des réseaux numériques.
Il eût été sans doute préférable de raisonner au moins à l’échelle des 6 grandes régions françaises économiques et de marchés ; et non à « l’échelle des clochers »… abandonnant les plaques numériques intersticielles.… et obligés aujourd’hui d’engager des coopérations !

 
5- La Mutation à réussir est celle d’une époque vers une autre ; et non un simple changement organisationnel : le monde numérique est d’abord acentré. C’est une rupture conceptuelle avec le traditionnel « toutes choses égales par ailleurs ».
A ce titre, la phrase mentionnée en commentaires de l’article ci-dessus : « Innovation de rupture dans l’architecture des réseaux (et des services) de nouvelle génération pour changer la donne » est une voie prometteuse pour cerner les improbables qui de plus en plus définiront nos horizons du quotidien.
La mutation consisterait sans doute à « décaler » le regard pour voir autrement le sujet du numérique, mais aussi l’homo numericus… Tout ce qu’un photographe ou un peintre savent parfaitement faire !
Décaler conjointement les regards sur les mutations profondes en cours sur : notion même du travail, temps de travail, contrat de travail, mobilités, localisation et pilotage des activités économiques, relation habitat / travail etc.

 
6- Il est donc naturel de voir les alliances de fait, opérées depuis plusieurs années sur ce sujet entre les acteurs publics et privés ; se traduire par divers murs peu franchissables : fractures sociales et territoriales, quête de financements, fuite en avant sur les usages salvateurs, déports massifs hors le local et concentration de la valeur ajoutée créée, asservissement du consommateur via le marketing push, opérateurs locaux sous la dépendance de délégataires.
Aujourd’hui nous sommes dans la phase où les blocages en tout genre obligent les uns et les autres à faire de nouvelles concessions / alliances en usant des terminologies « mutualisation », « coopération »… Mais si le point de départ n’est pas le bon… cela finira probablement par des mésalliances.

 
7- « Internet des objets publics, mobiliers urbains connectés, écosystèmes sociaux THD, solutions de valorisation patrimoniale, services loisirs et tourismes… »… sont bien sûr de nouvelles réalités… Mais s’il se confirme une déconnexion croissante avec l’humain et les nouveaux regards nécessaires… ce sont les principes démocratiques et de gouvernance qui vont souffrir.

   
 
8- En matière de développement local, l’affirmation « Aujourd’hui, la médiocrité est obsolète » dans l’article Production en P2P : La révolution à portée de main, cité dans les commentaires, offre un terrain à explorer.
Le rappel du Do it yourself dans le même article, est plutôt salutaire pour traduire les comportements du numérique. Il vient utilement compléter le seul développement local bottom up (Cf Développement local-nodal / numérique / mobilités … vers quels improbables allons-nous ?).

 
9- L’enjeu de la fin de notre premier quart de siècle (années 2015 / 2025) est sans doute, en ces domaines, de faire le lien entre :
* Désir partagé de réussir, dans la diversité, les numériques et le développement de mon territoire de proximité (géopolitique ou de communautés… à l’échelle du « moulon », du « hameau »).
* Acceptation et affirmation de ma responsabilité et de mon engagement individuel…
* Performance de la courbe d’apprentissage de chacun(e), selon qu’elle part de l’individu ou de la technicité.

 
Ce ne sont d’ailleurs pas des pistes iconoclastes… Elles devraient interpeller les décideurs locaux sur la nécessaire mutation de leur logique d’actions : passer de réponses techniques à des demandes… via investissement ; pour aller vers des capacités à déployer en priorité des éco-systèmes humains, locaux, numériques ou non, aptes à favoriser l’expression, l’employabilité, l’entrepreneuriat de leurs habitants.
A l’heure d’un chômage qui touche nombre de familles et des réductions de revenus, ce serait une « ardente obligation » . D’autant plus que nous sommes déjà dans une société où 35 % de la population a plus de 50 ans… [1]
Ces pistes relèvent d’abord de l’ agilité intellectuelle , de l’indépendance d’esprit… , du courage public et de quelques visions / postures que chacun(e) peut construire / avoir pour déterminer son avenir personnel ou de communauté.
Pour l’heure la France marche sans doute avec des « béquilles numériques », dont les emplâtres régulièrement renouvelés traduisent bien la fragilité.

 
Il nous faut moins des plans, des programmes, des schémas directeurs, des finances, des alliances qu’une diversité vigoureuse à débattre sur des visions à moyen terme de notre pays comme de nos territoires géopolitiques et de communautés. Pas sûr que nous ayons, chez nos élites classiques, les visionnaires publics, privés ou civils qu’exige notre époque numérique.
Reste l’énergie des entreprenants de proximité, souvent modestes et discrets, en termes d’innovation et de prises de risque… et pas que dans le numérique. C’est au moins notre atout et il convient d’apprendre à davantage la respecter et en amplifier les déploiements.

 
A parcourir pour approfondir :



le 11 novembre 2012 par Jacques Chatignoux Opérateur
modifie le 14 novembre 2012

Notes

[1] Cf Projections de population pour la France métropolitaine à l’horizon 2050 « En 2050, un habitant sur trois serait âgé de 60 ans ou plus, contre un sur cinq en 2005. La part des jeunes diminuerait, ainsi que celle des personnes d’âge actif. En 2050, 69 habitants seraient âgés de 60 ans ou plus pour 100 habitants de 20 à 59 ans, soit deux fois plus qu’en 2005. »