Blues du Numérique… et du Développement Durable… En quête de valeurs et de sens collectifs mobilisateurs

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Blues du Numérique… et du Développement Durable… En quête de valeurs et de sens collectifs mobilisateurs


Un article du Monde « Je ne crois pas au développement durable »… révèle l’étendue du malaise entre le « il faut, un peu, beaucoup, passionnement, à la folie, pas du tout… »
Et ce qui est vrai pour le développement durable soumis à « matraquage » en tout genre (oubliant trop souvent l’un des volets les plus importants : la gouvernance)… est en train de le devenir pour le Numérique… boosté, en partie faussement, par :

  • Du buzz, une glose dommageable, encouragés par certains consultants, media ou réseaux surfant sur la mode du moment en passant allégrement d’une terminologie à l’autre sans plus de convictions.
  • Le mythe du sésame numérique pour progresser dans le développement d’un territoire ou la réussite d’une entreprise, l’épanouissement de l’individu accédant à toute connaissance… accompagné au plus près de son quotidien… Mythe devenant trop souvent mirage et déperdition d’énergies pour des élus / collaborateurs et des chefs d’entreprises inquiets ou ne sachant plus comment rejoindre les mondes merveilleux d’un numérique insaisissable y compris pour le très haut débit. Les uns comme les autres oubliant que c’est d’abord l’employabilité des habitants et leurs capacités conversationnelles qui créent des emplois, font et défont les réussites locales et sont déterminants dans l’avantage concurrentiel des territoires comme des entreprises
  • De vaines espérances fondées sur des visions historiques du monde. En particulier l’infrastructure ou l’équipement du dernier km comme clé de voute ou effet de levier de toute réussite / décloisonnement / appartenance à la modernité du moment… alors que dans un monde numérique acentré, il faut bien davantage compter avec l’infostructure [1] et le premier mètre.
  • Un manque de réalisme sur ce que sont, dans un monde numérique de flux acentrés : les valeurs porteuses de sens, de convictions, d’envies et d’engagements au sein d’une organisation, d’une culture, d’un lieu de communautés de vie ou à vocation professionnelle.
  • Des écarts significatifs au sein des corps sociaux (intermédiaires ou non) interpellés sur :
    • les commodités du quotidien mais aussi la finalité de leur organisation d’appartenance avec des modes opératoires de plus en plus éclatés en grappes autonomes et responsables,
    • les jeux d’acteurs révélant des systèmes d’influence jouant davantage sur les reconnaissances et non plus sur les représentations,
    • les processus décisionnels plus informels voir précaires,
    • le rôle d’éclaireur, dévolu aux geeks et autres individus baignant dans le numérique… constituant la nouvelle « classe » avancée du numérique… mais trop souvent insuffisamment préoccupée par les autres… pour déployer des pratiques d’apprentissage partagées. Cela conduit d’ailleurs à en concentrer les énergies en des lieux symboles… donnant le sentiment à chacun d’avoir sa « petite silicon valley »… quitte à installer pour longtemps le désert autour.
  • Une incompréhension de ce qu’est la société de flux numériques acentrés en émergence ; que ce soit pour le devenir des centralités urbaines, les pratiques d’une gouvernance fragmentée et peu stable, les implantations alocalisables pour les activités économiques, la dissociation entre l’habiter local et le travailler au pays…
  • Le jeu des lobbies et corporatismes qui parfois vont au-delà de l’acceptable.
  • La recherche éperdue de la solution (fût-elle incertaine) pour en faire l’affichage ; alors qu’il faudrait se reposer les bonnes questions par exemple sur les aptitudes des hommes, des territoires, des organisations… et raisonner en contexte improbable.

 
Pour le moins, et c’est bien le coeur de la situation actuelle… tant le numérique que le développement durable ne peuvent s’abreuver plus longtemps aux fontaines des promesses mécanistes prétendant offrir un monde nouveau, un bien-être assuré y compris pour nos anciens, une facilité dans les commodités du quotidien… un plein emploi retrouvé… ou plutôt une capacité à aller vers de multiples emplois parcourant une vie professionnelle…

  • La crise n’est pas financière… Elle est morale, structurelle et installe une précarité sur l’emploi, les relations sociales et humaines, la vision de lendemain pouvant « déchanter ». Nous sommes dans la phase classique déstabilisante (destruction / émergence) de tout changement d’époque.
  • Les nouveaux rapports sociaux ou d’influence, n’ont pas encore produit tous leurs effets pour reconstruire une structure sociale comprise, acceptée autour de valeurs et d’un sens commun qui « réenchantent » la direction, le cap, l’horizon… y compris dans ce monde numérique acentré difficile à comprendre :).
  • Le numérique fatigue par excès et saturation ; et la dépense d’énergies humaines / financières est sans doute disproportionnée (y compris dans le coût de création d’un emploi local suite à la mise en oeuvre d’un réseau d’intiative publique).
  • Faut-il croire encore au Bonheur mécaniste du Numérique ?
  • En quoi le scepticisme [2] serait-il salutaire ? Une posture, envisageable pour affirmer un état d’esprit créatif, constructif, positif dans un monde improbable en devenir ?

 
Quelques lectures pour « explorer l’avenir »


le 3 avril 2012 par Jacques Chatignoux Opérateur
modifie le 12 avril 2012

Notes

[1] Infostructure comme dispositifs d’intelligence de réseau trop souvent oubliée dans la chaîne de la valeur de l’Internet : « L’infostructure est au développement de biens immatériels ce que les infrastructures sont au développement de biens matériels. C’est l’émergence de la société de l’Information qui met en relief la notion d’infostructure. Pour les autoroutes classiques de la société industrielle, l’essentiel de la valeur ajoutée est dans l’infrastructure. Pour les autoroutes de la société de l’information, la valeur ajoutée et le potentiel de création de richesses sont dans l’infostructure. » - On peut citer les infostructures métropolitaines qui font l’interface entre les réseaux d’accès, les contenus/services locaux et les backbones de l’Internet.

[2] Scepticisme philosophique : « Je ne recherche que la vérité. Sur le fond de mes évidences propres, fruits d’une vie de méditation, je vais dire ce qui me semble vrai. Je proposerai des analyses, je donnerai des raisons, j’avancerai des arguments ; des preuves je ne puis en fournir. vous êtes donc libres de penser que je me trompe, que je suis dans l’illusion… » - Marcel Conche.

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